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Où l’on découvre que ce nouveau livre est la fin de « la saga des trois îles ». Les deux premiers « Sabiduría l’île de la sagesse » et « Te Pito Kura l’île de lumière » nous racontent l’histoire d’Antonio l’européen, d’Estrella, Marcelllo et Alejandro tous deux sabiduriens.

L’océan Pacifique sud est le décor de ces trois romans. Dans « Suwarrow l’île ultime » , qui paraitra fin 2021 aux Editions Sydney Laurent, nous retrouvons Antonio, qui avait trouvé une vie heureuse sur Sabiduría. Le destin l’a amené sur Suwarrow, cette île appartenant à la Nouvelle Zélande. C’est pour lui l’occasion d’un retour sur son parcours, fait de joies et de tristesse, sur sa philosophie ontologique.

C’est sur cette île qu’il médite sur les propos de Platon : « En fait, l’être est mouvement ou repos, car les choses, toutes les choses qui sont, se présentent soit en mouvement soit en repos. … Du reste, sans ce mouvement ou ce repos extérieur à la pensée, aucune réflexion ne serait possible concernant les relations apparentes entre les choses ».

© alamyimage.fr

Extrait du livre

Situé à l’Ouest de l’Atoll, ce motu de Souwarrow, était le plus grand et possédait une végétation dense et une forêt généreuse constituée de palmiers, de cocotiers, de pandanus[1] et de Tou et Kou[2].

C’était l’un des sites de reproduction les plus importants pour de nombreuses espèces d’oiseaux de mer. Ils étaient des milliers à effectuer un ballet aérien incessant au-dessus des îlots.

Ils glissaient dans le ciel et plongeaient sans relâche dans les eaux turquoise du lagon ou vertes de l’océan. Des milliers de sternes fuligineuses au cri[3] très distinctif nichaient ici. Je repérais aussi l’étonnant Fou masqué – l’un des plus gros de l’espèce, des paille-en -queue, des pétrels… mais aussi de petites frégates. Ce motu était le paradis des ornithologues.

© Atlas Obscura

Ces innombrables et merveilleux oiseaux de mer formaient des nuages vivants blancs, gris et noir au-dessus de ma tête. Leurs formes mouvantes laissaient libre court à mon imagination. Je percevais ces formes comme des signes forts des ressentis de mes émotions de l’instant. J’éprouvais des sensations de vertige, des frissons, des émois, des secousses psychiques. Mon circuit cérébral conduisait à la fabrication de pensées imaginaires.

Dans la journée tous leurs cris réunis formaient un vacarme abrutissant. Ce tapage ne me gênait guère, tellement il était un des éléments de l’environnement, une touche de couleur sonore venant parachever le tableau d’un maître.

La nuit en revanche, lorsque les oiseaux marins nichaient dans les rochers proches du lagon, le bruit cessait. Et c’était précisément à cet instant, dans ma nuit sans sommeil, que le cri surgissait. Un cri strident, insupportable qui ébranlait mon âme et me déchirait le cœur. Aucun esprit venait à mon secours, pour me consoler ou me châtier des années écoulées. Mon souffle devenait court et incertain. Mon corps se couvrait de sœur et tremblait à chaque respiration d’air marin. J’attendais le matin comme une rédemption salvatrice.


[1] Arbre dioïque à feuillage persistant et aux fleurs blanche ou vertes.

[2] Arbres « Cordia subcordata » aux feuilles vert pâle et aux fleurs de couleur orange, présents dans les îles du Pacifique

[3] Cri de la sterne, « ewa ewa » en polynésien signifie cacophonie.

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Jean Louis Pélissier est l'auteur des deux romans "Sabiduria, l'île de la sagesse" et "Te Pito Kura, l'île de lumière" parus chez Les Éditions Sydney Laurent.

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